Le Pitch - Cinéma - Émission du mercredi 11 septembre 2019

MUSIC OF MY LIFE de Gurinder Chadha Avec Viveik Kalra, Aaron Phagura et Dean-Charles Chapman 1987, Angleterre. Javed, adolescent d'origine pakistanaise, grandit à Luton, une petite ville qui n'échappe pas à un difficile climat social. Il se réfugie dans l'écriture pour échapper au racisme et au destin que son père, très conservateur, imagine pour lui. Mais sa vie va être bouleversée le jour où l'un de ses camarades lui fait découvrir l'univers de Bruce Springsteen. Il est frappé par les paroles des chansons qui décrivent exactement ce qu'il ressent. Javed va alors apprendre à comprendre sa famille et trouver sa propre voie... « Music of my life » est inspiré de « Greetings from Bury Park », un récit autobiographique du journaliste Sarfraz Manzoor. Le film est né en 2010, alors que la réalisatrice Gurinder Chadha et l'auteur et journaliste Sarfraz Manzoor étaient invités à l'avant-première de « The Promise », un film qui retrace l'élaboration de l'album de Bruce Springsteen, « Darkness on the Edge of Town » (1978). Une fois sur le tapis rouge, le duo rencontre le chanteur qui ne manque pas de saluer Manzoor et de lui faire savoir qu'il a adoré son livre. La cinéaste se souvient :« Sarfraz n'en revenait pas. Je suis alors intervenue et je lui ai dit : 'Je m'appelle Gurinder Chadha, je suis réalisatrice, et on aimerait vraiment adapter ce livre au cinéma, mais on a besoin de votre soutien'. Et il nous a répondu : 'C'est parfait, adressez-vous à Jon' en désignant Jon Landau, son fidèle manager [...] ». S'agissant du casting, le plus gros défi a consisté à trouver le bon acteur pour le rôle de Javed. « Il était indispensable que notre Javed soit brillant. Il est présent à l'image 99,8 % du temps et c'est un rôle qui exige une endurance et un investissement absolus. On recherchait un garçon joyeux, capable de faire ressentir les changements par lesquels passe le personnage, mais ayant suffisamment de densité pour être crédible en poète et en écrivain », déclare la productrice Jane Barclay. C'est Viveik Kalra qui a été choisi alors qu'il suit encore des cours de théâtre au Pays de Galles. « Le casting de l'acteur principal est crucial dans n'importe quel film, mais plus encore dans un récit initiatique. Viveik porte le film sur ses épaules et ressent les émotions du personnage car, dans une certaine mesure, il a vécu ce que Javed a traversé. Je pense qu'il sera un jour un comédien majeur en Angleterre », note Gurinder Chadha. Pour Kalra, cette expérience a été marquante. « Ça a été une révélation sans doute pas comme pour Javed, mais j'ai été profondément touché par les paroles. Après avoir découvert sa musique, je ne pouvais plus écouter les tubes actuels. J'écoutais une chanson pendant quelques secondes et puis je me rendais compte qu'elle n'avait aucune profondeur – ce qui est assez étrange venant d'un jeune de 20 ans comme moi » déclare le comédien. Kalra reconnaît qu'interpréter les chansons de Springsteen lui a fait un peu peur. « Dès l'audition, quand j'ai dû chanter trois, quatre et cinq chansons, c'était effrayant. Mais Gurinder m'a vraiment permis de prendre du recul. Elle n'arrêtait pas de me dire : 'Ce n'est pas toi ! Ce n'est pas toi ! C'est le personnage. Il n'est pas mal à l'aise quand il chante. Il s'en fiche pas mal'. Cela m'a vraiment aidé à prendre des distances par rapport à l'exercice ». Gurinder Chadha tenait à témoigner de l'importance des partis d'extrême-droite en Grande Bretagne à l'époque où se situe le film. Pour l'une des séquences du film, elle a donc fait appel à 300 figurants auxquels on a rasé le crâne et qui ont été recouverts de tatouages racistes. Une scène difficile à tourner, pour l'équipe comme pour les comédiens, comme s'en souvient la cinéaste : « Tout le monde s'est figé un instant parce qu'on était franchement saisi en voyant tous ces partisans du National Front qui faisaient le salut fasciste ». Certains figurants étaient si mal à l'aise de devoir proférer des propos racistes qu'ils s'excusaient dès que la réalisatrice disait « Coupez ! ». Cette dernière a même tagué des graffitis racistes que les décorateurs n'osaient dessiner sur les murs. Toute l'équipe était très nerveuse de connaître l'avis de Bruce Springsteen une fois le film achevé.« Quand je suis allée à New York pour montrer un montage final du film à Bruce afin de recueillir ses éventuelles remarques, j'ai vécu l'un des moments les plus géniaux et les plus flippants de ma vie », reconnaît la cinéaste. « Je me suis assise dans la rangée juste derrière lui et j'ai vu que le film lui plaisait. À la fin, il s'est tourné vers moi et m'a dit : 'Merci de m'avoir rendu un si bel hommage. Surtout, ne change rien au film' », conclut-elle. L'INSENSIBLE d'Ivan I. Tverdovsky Avec Denis Vlasenko, Anna Slyu et Danil Steklov Ce film fait l'objet d'une interdiction en salles aux moins de 12 ans Grand prix du jury au Festival du film d'Arras + Mention spéciale du Jury au Festival international du film de Karlovy Vary. Denis a grandi dans l'orphelinat où sa mère l'a abandonné. C'est un garçon spécial qui est atteint d'une maladie rare le rendant insensible à la douleur. Un jour, sa mère débarque et l'emmène à Moscou, où celle-ci est associée à un gang de fonctionnaires corrompus qui extorquent de l'argent à des gens riches. Dès lors, il participe à leurs manigances. À l'instar de son précédent film, « Zoologie », dans lequel une femme a une queue qui lui pousse dans le bas du dos, « L'Insensible » met en scène un personnage curieux qui ne ressent pas la douleur. Le réalisateur explique : « Je suis toujours intéressé par l'extraordinaire, les personnages inhabituels dans le cinéma. Les personnes qui sont différentes de la plupart d'entre nous ou qui ont des caractéristiques spéciales, qui font d'eux des êtres uniques. Ce sont eux qui changent votre réalité ». Le protagoniste Denis utilise son « talent » inhabituel pour sauter sur les voitures en pleine route, dans le but d'arnaquer les personnes pour de l'argent. Des faits de ce genre ont déjà été recensés en Russie. Le réalisateur explique : « Le concept de telles escroqueries vient des informations que j'ai découvertes en faisant des recherches pour mon documentaire. D'après ces dernières, c'est assez courant - et pas seulement en Russie d'ailleurs. Mais je me suis rendu compte que si je décidais d'en faire un documentaire, je ne pourrai jamais vraiment le montrer. Ici, j'ai utilisé ces cas comme la base de mon histoire, mais bien sûr, tout est allé beaucoup plus loin. Dans ce film, j'essaie de comprendre comment le monde d'aujourd'hui se reflète dans notre société ». Pour le réalisateur, il est plus intéressant de livrer une proposition artistique que de signer un pur divertissement. Si « L'Insensible » regorge de références à des comics et à des super-héros comme Batman ou Superman, il aborde des sujets graves et dérangeants : « Denis est un peu un anti-super-héros. Les super-héros dans les bandes dessinées ont toujours des pouvoirs surnaturels et ils les utilisent pour lutter contre les combats auxquels ils sont confrontés. La tragédie de Denis réside dans le fait que contrairement à eux, il ne peut rien changer réellement. Malgré ses pouvoirs ‘surnaturels', il ne peut même pas laisser de traces sur le monde qui l'entoure. Plus il s'y enfonce, plus il en découvre de plus belles, plus il devient faible et commence à perdre la seule chose qui le rendait si spécial aux yeux des autres ». ** BONUS ** JEANNE de Bruno Dumont Avec Lise Leplat Prudhomme, Annick Lavieville et Justine Herbez Mention spéciale du jury dans la section Un Certain Regard - Festival de Cannes 2019. Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d'une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d'Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite. Emprisonnée à Compiègne par les Bourguignons, elle est livrée aux Anglais. S'ouvre alors son procès à Rouen, mené par Pierre Cauchon qui cherche à lui ôter toute crédibilité. Fidèle à sa mission et refusant de reconnaître les accusations de sorcellerie diligentées contre elle, Jeanne est condamnée au bûcher pour hérésie. Le film précédent de Bruno Dumont, « Jeannette », racontait l'enfance de Jeanne d'Arc et était l'adaptation de la première partie de la pièce de Charles Péguy, qui s'appelle « Domrémy ». « Jeanne » en est la suite et adapte les deux autres parties : « les Batailles » et « Rouen ».« La difficulté littéraire que l'on peut attribuer parfois à Péguy ne me faisait plus peur parce que l'adaptation cinématographique et musicale apportée me permettait alors d'y remédier et d'établir un équilibre inédit : si ce que dit Péguy est parfois fort profond, obscur, c'est ici contrebalancé par la cinématographie des actions, les chansons et la musique qui donnent au tout un accès simple, facile, comme léger et non diminué de ses forces », relate le cinéaste. Selon Bruno Dumont, « Jeanne » rend compte d'une expérience du temps présent, où l'objectif est de faire entrer le spectateur, l'élever, l'aspirer vers quelque chose qui, certes, nous dépasse, mais infuse. Cependant il faut trouver la bonne balance avec lui, s'adapter à la modernité dans laquelle il vit, chercher une connexion. « Lorsque je fais le choix de Christophe, par exemple, pour composer la partition et interpréter une chanson, ou lorsque je choisis la jeune Lise Leplat Prudhomme, qui a dix ans, pour incarner une Jeanne adolescente à la fin de sa vie, cela participe des liens que je tisse avec notre présent : rechercher des analogies et des correspondances. Idem pour le procès, où les rôles ont été distribués à des universitaires, théologiens, professeurs de philosophie ou de lettres, tous très à l'aise avec cette matière finalement et déjà connectés à elle. Je voulais que l'on ajoute à cette ‘orchestration' cinématographique générale, la ligne claire de mélodies, de rythmes et d'harmonies musicales qui fasse fleurir davantage sa compréhension et sa portée ». C'est Lise Leplat Prudhomme qui a été choisi pour incarner le rôle (dans « Jeannette » elle incarnait Jeanne enfant). « Aucune actrice incarnant Jeanne d'Arc dans l'histoire du cinéma n'a eu l'âge exact de Jeanne, ses 19 ans à sa mort. Renée Falconnetti avait 35 ans, Ingrid Bergman 39 ans… Pour preuve, au besoin, que ce n'est pas l'exactitude historique qui est recherchée… Lise a 10 ans. Un concours de circonstances a heureusement fait que l'actrice qui jouait Jeanne adolescente dans Jeannette ne puisse reprendre le rôle qui, en effet, lui était dévolu... Mais l'idée de prendre Lise s'est imposée comme une révélation. Quand on a vu aux essais ce qu'elle rendait en armure, on a compris qu'elle avait mystérieusement quelque chose d'extraordinaire, une expression très unique de l'enfance et de l'innocence. Elle est extraordinaire, la petite, très forte, et sur le plateau beaucoup d'adultes étaient naturellement impressionnés de jouer en face d'elle ».
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Popularité: 1/511 septembre 2019Durée: 1mnReplay France 3Divertissement
Emission: Le pitch
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